mercredi 5 août 2015

12e session : Qui a peur de la mort ? par Gaenaria

Ce roman est un roman de fantasy à l'histoire surprenante :
Onyesonwu raconte son histoire. Elle est une ewu, une enfant de mère Okeke et de père Nuru. Elle est le fruit d'un viol, survenu lors de la destruction d'un village, comme cela arrive souvent dans l'Ouest entre Okékés et Nurus. Sa mère a survécu à l'agression et à choisi de garder son enfant, en priant Ani, la grande Déesse que cet enfant soit une fille et qu'elle devienne sorcière, pour combattre. Ce qui sera le cas. Car, en plus d'être ewu et donc rejetée par les autres pour cette distinction, elle sera l'une des plus grandes sorcières jamais connues, emplies de colère et de violence qu'elle apprendra à contenir pour mieux se battre contre les préjugés, les traditions et la guerre ancestrale qui oppose Okeke et Nuru. Ces derniers considérent les premiers comme des esclaves, traîtres de la grande déesse qui les aurait punit en créant les Nurus, leurs éternels ennemis selon le Grand Livre. Onyesonwu signifie "Qui a peur de la mort ?".

C'est un peu compliqué de proposer un aperçu de cette histoire. Et ce roman est riche de bien des façons.
Tout d'abord on ne se sent pas dans un récit SF, on se croit au beau milieu de l'Afrique, à une époque difficile à déterminer mais qui oppose Noirs et Blancs, comme cela a toujours été. Il y a une dimension fantastique dans le récit qui est présente tout au long de l'histoire et qui fait davantage penser à des croyances et traditions africaines que l'auteur aurait mis en scène. Comme un conte racontant l'origine des choses. Cette dimension habite l'ensemble du roman, de la première à la dernière ligne. L'héroïne est tiraillée entre deux ethnies, rejetée par les deux, acceptée par aucune. Elle n'est pas plus admise au sein des sorciers, et il lui faudra passer une épreuve douloureuse pour obtenir des amies par la force des traditions. Perpétuellement en colère, contre son père biologique pour ce qu'il a fait à sa mère, contre les Okékés qui ne se rebellent pas assez et acceptent les monstruosités imposées par les Nurus, contre les Nurus pour ce qu'ils font aux Okékés, contre Ani pour n'avoir jamais été bonne avec elle ni avec sa mère, contre Aro le sorcier pour refuser de l'accepter comme apprentie, contre la terre entière. Mais elle croisera la route de nombreuses bonnes âmes qui l'aideront dans sa quête et enrichiront sa vision des choses, la nuançant et la modifiant comme cela survient lorsqu'on grandit et vieillit.

J'ai pris grand plaisir à lire ce roman. Il est extrêmement dépaysant et nous fait découvrir une culture souvent inconnue ou mal connue. L'auteur est originaire du Nigeria et a puisé dans cette culture pour écrire cette histoire atypique teintée d'un fantastique original et novateur. En tout cas pour moi car je n'avais jamais lu d'histoires pareilles auparavant. Et même si l'histoire semble se dérouler à une autre époque que la nôtre, elle est très proche de nous et de notre actualité, récente ou passée (ou même future). En cela, elle est déroutante. Dure et cruelle, elle met en scène beaucoup de violence mais aucunement gratuite ni injustifiée, ni même disproportionnée. On s'attache très rapidement à Onye emplie de colère, on la comprend et éprouvons beaucoup d'empathie pour elle. Et même si son destin est tout tracé, on espère jusqu'à la dernière phrase une autre fin, qui pourtant ne peut être différente. La fin, justement, m'a un peu déçue car je ne pense pas avoir bien saisie ce qui survient, ni les sous-entendus qu'elle insinue. Peut-être mériterait-elle une deuxième lecture plus concentrée et réfléchie mais elle ne remet pas pour autant en question le plaisir de cette lecture.

Je recommande chaudement à tout le monde la lecture de ce roman si particulier, si original et pourtant si proche de nous. On a bien du mal à quitter Onyesonwu, son pouvoir, sa force et ses amis. Un vrai coup de cœur !

vendredi 26 juin 2015

12e session - Le soleil


Thème : Nous sommes quasiment en juillet, il fait beau, il fait chaud, et nous avons eu envie de garder ce soleil dans nos lectures pour cette nouvelle session de CaroLire. Nous vous avons donc sélectionné plusieurs titres ayant un rapport de près ou de loin avec cet astre estival !


Le lauréat :

Catégorie Fantastique : 
Qui a peur de la mort ?, de Nnedi Okorafor

Afrique, après l’apocalypse.
Le monde a changé de bien des façons, mais la guerre continue d’ensanglanter la terre. Une femme survit à l’anéantissement de son village et au viol commis par un général ennemi avant de partir errer dans le désert dans l’espoir d’y mourir. Mais au lieu de cela, elle donne naissance à une petite fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable.
Persuadée que son enfant est différente, elle la nomme Onyesonwu, ce qui signifie, dans une langue ancienne :
« Qui a peur de la mort ? »
À mesure qu’elle grandit, Onyesonwu comprend qu’elle porte les stigmates de sa brutale conception. Elle est "ewu" : une enfant du viol que la société considère comme un être qui deviendra violent à son tour, une bâtarde rejetée par les deux peuples.
Mais sa destinée mystique et sa nature rebelle la poussent à se lancer dans un voyage qui la forcera à affronter sa nature, la tradition, les mystères spirituels de sa culture, et à apprendre enfin pourquoi elle a reçu le nom qu’elle porte.


Les malheureux "perdants" :

Littérature générale :
Cul-de-sac, de Douglas Kennedy
L'empreinte de Crusoé, de Patrick Chamoiseau

Science-Fiction :
Soleil vert, de Harry Harrison
D'or et d'émeraude, de Eric Holstein
Planète à louer, de Yoss

Fantasy :
Nation, de Terry Pratchett

Polar-Thriller :
Soleil levant, de Michael Crichton
Patagonia tchou-tchou, de Raul Argemi


Main innocente : Il n'y en a pas !
Qui a peur de la mort ? faisait déjà partie de la sélection de la session 11, et il se trouve que, sans se concerter, nous l'avons toutes deux remis pour cette nouvelle session. On en a déduit qu'on a vraiment envie de le lire, alors voilà !


Dépôt des critiques : avant le 31 septembre

Bonne lecture à tous !

10e session : le bilan


La 10e session était consacrée au maître ès horreur, terreur, thriller… bref spécialiste pour nous empêcher de dormir, celui qu'on ne présente plus : Stephen King.
Pour l'occasion, nous avions voulu explorer et, pourquoi pas, comparer deux époques de sa vie d'écrivain : l'époque ancienne des premiers romans, et celle plus récente des dernières publications, histoire de voir si le maître n'a pas perdu le coup de plume pour nous faire peur.

Deux romans avaient donc été sélectionnés.

Je n'ai pas pu participé personnellement, même si j'ai déjà lu des romans de l'auteur.
Nakiami et Ellane se sont prêtées au jeu et, au vu de leurs critiques enthousiasmées, il semblerait qu'il soit difficile de départager les deux romans.
Même si leur propos est nuancé, le maître a su les faire trembler ou, à défaut, les tenir en haleine.

Une session qui mériterait presque d'être réitérée avec d'autres œuvres de l'auteur !

Note : *****

11e session : le bilan


La 11e session s'est achevée il y a déjà un moment, mais le temps semble filer bien plus vite que notre plume !
Au cours de cette session, Neil Gaiman avait enchanté tous les lecteurs qui s'étaient aventurés au bout de ce chemin où semble se trouver un océan. L'auteur nous avait en effet permis le temps d'un instant de nous retrouver enfant, et de replonger dans cette atmosphère si particulière, entre réalité rêvée et irréel cauchemardé, entre monde peuplé de créatures étranges et monde incompréhensible des adultes. On y avait saisi la main du narrateur pour ne plus la lâcher, et même ne plus vouloir quitter la ferme de son amie Lettie. Mais nous ne sommes pas Peter Pan, hélas ! Et la lecture terminée, il nous a fallu retourner à notre vie d'adultes, avec, de temps à autre, quelques réminiscences de ce roman en tête.
S'il fallait conclure, ce serait en soulignant le bon accueil qui a été fait jusqu'à présent à Neil Gaiman dans ce club de lecture. Cela fait la 2e fois qu'il remporte un franc succès unanime auprès des lecteurs. À croire que ses romans sont une valeur sûre et riment avec promesse d'un très bon moment.
Vivement le prochain roman de l'auteur alors…

Note : ******

vendredi 1 mai 2015

La mort du Disque-Monde 1/3 - Mortimer, par Nakiami

Ce recueil de Terry Pratchett regroupe trois tomes des Annales du Disque-Monde, mettant en scène le célèbre personnage de la Mort : Mortimer, Le faucheur  et Accros du roc. Je viens tout juste de terminer le premier, et malgré la folle envie que j'ai de poursuivre, j'ai des petites "urgences" à lire avant de m'attaquer au Faucheur. Je ne vous parle donc dans un premier temps que des aventures de Mortimer, alias Morty, un jeune garçon bien maladroit dont personne ne veut s'empêtrer et qui finit par se faire embaucher comme apprenti par... la Mort.
 
Mais voilà, il se trouve que la Mort n'a qu'une envie : prendre du bon temps, se poser, se changer les idées. Il (car oui, la Mort est un "il") laisse donc les rênes de son travail à Morty, encore bien peu au fait des conséquences de ses actes...
 
Comme pour beaucoup de lecteurs, la Mort est l'un de mes personnages préférés du Disque-Monde. Et pourtant je ne l'avais pas encore beaucoup croisé dans les quelques aventures de Terry Pratchett que j'ai lues. Il se trouve que c'est juste l'un des personnages les plus drôles, originaux et fascinants de cet univers rocambolesque. Mortimer nous en apprend plus sur la Mort, sur son travail au quotidien, sur sa solitude, sur sa "vie". J'ai beaucoup aimé, j'ai beaucoup rigolé, mais j'ai été quand même un peu déçue par la fin, que j'ai trouvée plutôt bâclée, en tous cas trop rapide.
 
J'ai tout de même hâte de me plonger dans Le faucheur, et c'est pour très bientôt ! ^_^

lundi 20 avril 2015

Les ch'tits hommes libres, par Tara





Tant qu'à relire un roman de la série du Disque-monde en hommage à l'écrivain épatant qui les a commis, et nous a donné des heures d'évasion et tout un univers époustouflant, autant en choisir un que je n'avais jamais relu, justement. Pas comme Au guet! que j'ai du lire six fois, donc...
Les ch'tits hommes libres est le début de la série consacrée au personnage de Tiphaine Patraque, une jeune fille de neuf ans dans ce tome là, issue d'une famille de bergers et en qui les sorcières reconnaissent une des leurs. A leur grande stupéfaction, vu qu'aucune sorcière n'est censée naître dans ce genre de régions, pour des considérations géologiques. Oui, apparemment le substrat est important pour ce genre de choses.
Il n'empêche que Tiphaine est une sorcière et , comme les circonstances ne vont pas attendre qu'elle ait un brin d'expérience, qu'elle va se trouver mêlée à des tas d'ennuis car la Reine, reine des fées, reine des elfes, porte un peu trop d'intérêt à la région et que des choses étranges passent en résultat la barrière entre les mondes....ajoutez d'étranges petits bonhommes bleus, très costauds et amateurs de liqueurs du même calibre, et les problèmes d'agnelages et de fabrications fromagères vont devoir attendre, le temps que Tiphaine règle tout ça.
Les ch'tits hommes libres est en théorie un roman pour jeunes adultes, mais j'ai toujours trouvé que toute la série pouvait être mise finalement entre les mains d'un jeune lecteur... L'âge de l'héroïne corresponde bien mieux à ce genre de littérature, c'est vrai, que celui par exemple des romans du Guet où le personnage principal est un vieil officier cynique !
Tiphaine est un personnage intéressant, dure quand il le faut malgré son âge, et à tout prendre, un bien meilleur modèle littéraire que certaines écervelées promues par la littérature jeunes adultes de ces dernières années: intelligente, sensée, refusant de se laisser embobiner, que ce soit par les gens ou par les idées reçues... La relation avec sa grand-mère , tout en filigrane et en souvenir puisqu'elle est décédée avant le début, est aussi rafraîchissante par rapport aux habituelles figures de la fantasy (le héros et sa figure paternelle, souvent disparue tragiquement, on les a vus à toutes les sauces ! )

Je continue d'avoir pour série favorite dans le Disque-Monde les aventures des vaillants loustics du Guet, mais Les Ch'tits hommes libres est excellent et m'a donné envie de relire les romans qui lui font suite: Un chapeau de ciel, L'hiverrier  et Je m'habillerai de nuit...

mardi 24 mars 2015

L'Océan au bout du chemin, par Ellane

L’océan au bout du chemin [The ocean at the end of the lane], Neil Gaiman, Au diable Vauvert / LITT.GENERALE, 314 pages, SF, Horreur et Fantastique / Littérature américaine

Un homme, à l'occasion d'un enterrement, a l'envie de prendre l'air avant de partager les condoléances des amis et de la famille. Sa voiture le conduit dans le village où il a passé son enfance. Il retrouve sa maison. Bien sur, elle a été repeinte, et d'autres personnes l'habitent. Mais à l'époque, quand il avait 7 ans, sa sœur et lui partageaient la même chambre. Sa première chambre, avec le lavabo jaune juste à la bonne taille, était louée pour la nuit ou plus longtemps à des voyageurs de passage, améliorant ainsi les revenus du foyer.

Tout avait commencé avec le prospecteur d'opales, qui louait cette chambre dans sa maison, et qu'on a retrouvé dans la voiture de son père, asphyxié par les fumées du pot d'échappement qui se déversaient dans l'habitacle. Lettie, une grande fille de 11 ans qui habitait à proximité du drame, avait pris le jeune garçon sous son aile, pour lui donner du lait tout juste sorti du pis de la vache, et du porridge. Puis elle l'avait emmené à l'océan, au bout du chemin. A première vue, ça ressemblait plutôt à une mare aux canards, mais il parait que les Hempstock l'avaient traversé quand ils étaient arrivés du Vieux Pays.

Je suis une grande fille maintenant. C'est moi qui raconte des histoires à mes enfants. Mais quand je lis un livre de Neil Gaiman, je me sens rajeunir à vue d’œil, je me rappelle que gamine, dans ma façon de voir le monde, le "rationnel" et "l'irrationnel" avaient des frontières très très poreuses, voire des frontières mouvantes, voire pas de frontière du tout... Et bien, L'océan au bout du chemin, c'est un peu ça, cette ambiance, ce retour dans un monde qui, comme on ne le comprend pas très bien, coexiste sur plusieurs plans en même temps.

Je n'ai pas honte de l'avouer : N. Gaiman est un des rares auteurs à arriver à me faire croire que la mare aux canards au bout du chemin est un océan, traversé par la famille de Lettie lorsqu'elle est partie du Vieux Pays, entrainant dans son voyage toutes sortes de créatures. Il est le seul à me faire croire que la gouvernante est l'une de ces créatures, une puce comme dit Lettie. Je n'ai aucun mal à imaginer sa toute puissance ! Et je crois dur comme fer que, pour l'empêcher de lire dans les pensées ou de deviner notre plan pour lui échapper, il faut lire des romans ou chanter des chansons ou réciter de vieux poèmes. Enfin, j'ai une confiance entière en Lettie, elle qui parle le vrai langage, celui qui créée le monde !

Le monde est merveilleux et terrifiant, et Gaiman lui redonne toute sa fraicheur dans cette splendide histoire poétique, onirique et effrayante que l'on quitte un brin nostalgique. Et si l'aventure continuait... Après tout, qui sait, au bout de ce chemin, se trouve peut-être une mare aux canards dans lequel se cache un océan que l'on transporte au fond d'un seau ?


Ma note : ***** (et plus !)

Les souvenirs d'enfance sont parfois enfouis et masqués sous ce qui advient par la suite, comme des jouets d'enfance oubliés au fond d'un placard encombré d'adulte, mais on ne les perd jamais pour de bon.

Les adultes ne devraient pas pleurer, je le savais. Ils n'avaient pas de mères pour les consoler.